Royal canin (Teaser)

Férule bandeau - La Ferule

– Tu parles allemand, le chien ?
Je l’ai supposé mais à dire vrai, je n’en sais rien. Le chien ne s’est adressé à moi qu’en anglais, deux phrases simples avant de me tendre sa laisse et de me suivre pas à pas dans la salle, l’échine basse, à quatre pattes.
Autour de nous la fête bat son plein. Les invités s’e frappent, ’embrassent, s’attachent, dansent, discutent, se frappent. Le bruit est constant, la lumière trop vive par endroits, la musique forte. Je feins de ne prêter aucune attention au chien mais en secret, j’admire sa précision.
Quand je marche, il marche à mon allure.
Quand je m’arrête, il s’arrête, toujours dans mon sillage, toujours en conservant une distance égale entre nous, toujours en évitant de se faire renverser ou marcher dessus.
Un clébard du Rhin, sérieux, avec une précision d’horloge suisse.

À l’arrêt le corps du chien paraît descendre d’un étage, s’enfoncer dans le sol comme s’il se coulait en mode meuble, dans un espace mental qui le rend inaccessible à l’échange humain. « Être un chien » n’est plus, alors, une métaphore : cet homme dont j’ignore le nom est vraiment devenu un animal, voire un objet auto-réglé en mode rien ou pause, qui attend un signal de sa Maîtresse.
Moi.

Encore, Madame !