Petit joueur
J’avais les mains dans le dos et des airs de conspiratrice. Quand je demandais à Louis s’il voulait jouer, il m’opposa un regard méfiant.
– Je ne sais pas… Qu’avez-Vous déniché dans Vos tiroirs ? Que me cachez-Vous ?
– Assieds-toi donc que je te montre.
Louis obéit en affichant une lenteur que contredisait la crispation de ses lèvres. Depuis que nous nous fréquentions, je savais qu’il aimait affecter de ne pas être vraiment d’accord, voire que je lui arrache un oui. Quoique sincère, sa soumission n’en était pas moins dépourvue d’ego : Louis avait besoin de se dire que de tous mes soumis, c’était lui que je choisissais, et en priorité. Se soumettre ne signifie pas manquer d’orgueil, un orgueil qu’il m’arrivait de lui faire ravaler à coups de trique alors que d’autres fois, je le prenais au mot :
– D’accord, laissons tomber…
Plus mon ton était détaché, plus Louis s’en mordait les doigts. Son stratagème avait marché, et même trop bien ! Ah, l’imbécile… Il venait de rater une occasion qui, vu ma vie bien remplie, risquait de ne pas se représenter de sitôt. Toute honte bue – ou pour son plus vif plaisir caché dans les recoins de l’humiliation -, il affirmait avoir parlé trop vite, la faute, sans doute, à un « léger mal de crâne ».
Si, si, il en avait envie. Il en crevait, même.
Je feignais de m’inquiétais pour sa santé. Un mal de crâne, encore ? Il haussait les épaules, oh, rien de méchant, il allait déjà mieux.
J’insistais, lui proposais de l’aspirine, une bouillotte, une sieste. Non non non merci, pas la peine !
Je prétextais la récurrence alarmante de ses migraines, et s’il s’évanouissait alors que je l’étranglais, on aurait l’air de quoi ? S’évanouir ? Allons, il était en pleine forme ! Frais comme un gardon ! Bon pied bon œil !
J’affichais mon scepticisme. Je le trouvais pâlot, cerné. Ne tirait-il pas trop sur la corde, ces derniers temps ?
Louis commençait à s’impatienter, ce qui avait le don de me réjouir. Dans notre jeu de dupes il était l’éternel perdant. Alors quoi, devait-il me supplier de lui cracher dessus, de lui torturer la bite et de lui défoncer le cul ?
– Ben oui, Louis. Sinon, c’est toi qui me donnerais des ordres.
